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Rotraut

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Rotraut ou l’élan de la vie

Pour comprendre le travail de Rotraut, il faut saisir la vie de l’artiste dans sa globalité. À travers ses points fixes comme en suivant ses déplacements intercontinentaux. De sa naissance, en Allemagne, juste avant la guerre, jusqu’à l’épanouissement de son expression dans son atelier de Paradise Valley, près de Phœnix, en Arizona, via l’Australie où elle a aussi ses attaches. Comprendre d’où vient son inspiration, d’où jaillissent les émotions et les pulsions qui l’animent.

Toute jeune, dans l’Allemagne blessée de l’après-guerre, Rotraut vit dans une ferme. Cette expérience du travail aux champs sera pour elle décisive. Pierre Restany, dans Galeries Magazine, (décembre 1987-janvier 1988), écrit à ce propos : « C’est sur le dosage de l’énergie physique et la conscience de l’effort que reposent son accord avec la nature et son sens de l’harmonie universelle. Conscience de l’espace à travers l’énergie, mais aussi à travers le temps. Rotraut est demeurée sensible à l’alternance saisonnière de la vie à la campagne et de ses rites magiques. Encore aujourd’hui, toutes les nuits de pleine lune, elle réalise sous l’impulsion de l’instinct, une “galaxie”, composition gestuelle et spatiale de grand format et d’une seule venue : c’est ainsi qu’elle capte l’espace “pour semer les étoiles” ».

Rotraut a également gardé de son enfance paysanne un attachement presque mystique à la terre : « J’aime la terre comme une mère, dit-elle à Gilbert Brownstone. Je peux la prendre dans mes mains et la sentir, la toucher avec mes pieds. À travers mon amour de la terre, je rassemble les énergies, je les concentre, je les laisse traverser mon corps. J’ai grandi avec la nature et dans la nature. La nature est mon foyer. Je sens les éléments naturels à travers moi, comme la vie elle-même. »

« Au départ, j’avais envie d’embrasser la terre, de ne peindre qu'un seul tableau. Et les tableaux sont sortis de moi comme des pigeons qui s’envolent. Ce tableau unique, je le refais sans cesse. Il doit contenir une énergie implosée et explosée, comme un signal vers ceux avec lesquels j’ai envie de communiquer, et comme une montagne. On ne dessine pas une montagne. C’est une pointe qui monte en connexion directe avec l’esprit ».

« Une œuvre est comme une âme qui a envie de naître et qui choisit ses parents. Je vois fortement les choses comme ça », assure t-elle à Harry Bellet.
La Nature, Rotraut le revendique, est la matrice essentielle de sa créativité. « C’est là que je trouve toutes les sources, que je puise l’énergie, dit-elle à Jacques Bouzerand. Je communique avec la Nature. Le monde a fabriqué des dieux, des prophètes pour dominer les peuples, en leur imposant un carcan moral, éthique afin de les tenir à distance de la Nature. Mais les hommes ont toujours su faire de la Nature le lieu de la sensibilité et des intuitions. Je pense aux alignements de Carnac, aux installations de pierres de Stonehenge, aux menhirs de Bretagne que j’allais voir et aux gens qui vivent autour : il y a là une présence forte de l’immatériel. »

Au cœur de l’Arizona, où elle est installée, Rotraut fait au quotidien cette expérience : « Le désert est un de ces lieux de spiritualité. Pour y vivre il faut être vraiment très près de Dieu. Ici, la force des éléments, les paysages, les plantes, les fleurs créent un microcosme intense où souffle l’esprit des Indiens. »

Mais surtout, dans sa quête continue de vibrations, Rotraut va chercher le déclic dans les manifestations les plus multiples et secrètes de l’expression. « Un gribouillage peut m’intéresser dans ce qu’il a d’énergétique », dit-elle. Mais aussi toutes ces formes qui naissent, sous sa gouverne, d’une subtile combinaison du hasard et de la nécessité. Et qu’elle va habiter de sa sensibilité.

« Un jour, raconte Jean-Pierre Frimbois, Rotraut eut l’idée de mélanger de la colle et du plâtre, formant comme une sorte de peinture compacte, dans une bouteille de plastique, puis de presser, pour qu’en sortent des formes aléatoires, bases d’inspiration de sa sculpture, parfois presque abstraites, parfois se rapprochant d’une forme déterminée. Ses sculptures-reliefs allaient pouvoir suivre, à partir de ce geste initial de la simple pression d’une main. Ces sculptures peuvent être en acier ou en aluminium. Une question de libération de l’énergie. Notion chère à Rotraut. »

Rotraut ne travaille qu’avec cette énergie avec cette poussée intérieure : « Quand je sens que je dois faire une galaxie ou bien une forme je le fais. Je sors du plus profond de moi-même ce que je veux exprimer. Je creuse au fond de moi. Le subconscient est connecté avec tout ; il s’agit de le faire émerger. Tout ce que je fais c’est toujours de rendre conscient l’inconscient, répond-elle à Jacques Bouzerand. J’accepte ce qui se propose et m’efforce de marcher d’un bon pied. Je pense que l’art ne doit pas avoir de limite. Ce serait absurde… Il doit jouir d’une entière liberté à travers toutes les expressions, toutes les expériences, toutes les matières. Et je lui offre toutes les possibilités. Sans regarder ce qui se fait ailleurs, sans discuter avec d’autres artistes. Peindre, pour moi, c’est faire l’amour avec la Vie. »

À Knokke-le-Zoute, chez Guy Pieters, c’est l’éventail de la création de Rotraut qui se déploie : une « Galaxie », aux impulsions cosmiques, ses cœurs tout en sensibilité, ses toutes récentes sculptures de bronzes jouant de la richesse des formes et de la subtilité des patines et jusqu’à l’immense Roadrunner rouge éclatant qui signe de sa puissance l’originalité d’une création.

Jacques Bouzerand, mars 2006.
 

Pour Rotraut

Tu es toujours en proie à l’espère du signe
Venu d’un grand espace qui résorbe le temps
Et ta main haut levée sent fluer les flagrances
D’un futur antérieur où se complaît ton art
Et parfois tu demeures le témoin éjoui
D’un miracle pareil à celui qui opère
Sous les arches du pont d’un immense arc-en-ciel
Sous lequel et quel jour tu rêves de passer
Avec tous tes tableaux tes sculptures et tous ceux
Qui tout en étant d’ici projettent vers l’ailleurs
De leurs travaux en cours le plus vrai du meilleur

André Verdet, Saint Paul de Vence, 12 mai 2002.
 

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